Hier matin, il pleuvait. D'une main, je tenais la poussette. De l'autre, je tenais un petit beignet très moelleux. Il pleuvait. Les enfants nous rejoignaient à l'heure du déjeuner. Je venais d'acheter un gros roti, du pain et des petits beignets que je croquais goulument. La rue était presque vide. Il pleuvait, et le dimanche, les parisiens se réveillent un peu plus tard. Il a traversé la rue pour me rejoindre. Il avait quelque chose à me dire, quelque chose à me demander. Il était mouillé. Il n'était pas agressif. J'ai dit non en avalant une bouchée de beignet. J'ai dit non avant même de l'entendre. Non pour rien, non tout simplement. Il est reparti, sans insister, étonné de ma réponse. Je suis repartie, presque en colère. Quelques mètres plus loin, j'ai ouvert le sac pour attraper un autre beignet, j'ai croqué avidement, j'avais du chocolat plein les mains. J'ai enfin eu honte de ce refus gratuit, insensé, inexpliqué. Toutes mes raisons se sont effrondrées: l'enfant dans la poussette, la pluie, l'homme qui traverse pour me rejoindre. Evidemment, il n'y avait que moi dans la rue, la bouche pleine d'un beignet au chocolat dégoulinant entre mes doigts. Je n'ai pas essayé de le rattraper. Je deviens con ou quoi ?