Une voiture de police tue une prostituée ?  On aurait pu lire bien des choses en somme. C'est un peu court, jeune-homme: 

Percutée par un chauffard, une voiture de police tue une droguée. 

Percutée par un chauffard, une voiture de police tue un chien

Percutée par un chauffard, une voiture de police tue une putain. 

Percutée par un chauffard, une voiture de police tue une coiffeuse coloriste.

Percutée par un chauffard, une voiture de police tue une professeure des écoles. 

Percutée par un chauffard, une voiture de police tue une comptable... 

Mais non, si la victime n'avait pas été pute ou droguée, on aurait parlé d'elle sur un autre ton. Elle aurait eu un âge, une famille, un vie, une histoire. Pas seulement un sale boulot, un métier perdu, un désespoir. 

Ce titre me trotte dans la tête depuis que j'ai ouvert Libération ce matin. D'autant que Le Parisien nous sert le fait divers à la même sauce. Quand on lit le papier, on comprend bien qu'il ne faut pas se tromper sur l'identité de la victime. Les plus à plaindre  sont les policiers et leur voiture. Dans la série: une fois de plus, ca recommence, la police est la cible de tous les sévices: les lecteurs sont gâtés. Un peu plus, on refermerait le canard en oubliant le début de l'histoire: quelqu'une est morte ce matin, aux aurores. 

La mort de cette femme noire, la mort d'une pute, c'est un dommage collatéral qui n'a aucun intérêt même pas celui de souligner sa malchance. Comme si être pute ne suffisait pas à la misère du quotidien. Il a fallu aussi qu'elle trouve une mort aussi incertaine qu'un problème de robinet ou de trains qui se croisent. Franchement, comment personne n'a eu l'idée de souligner sa déveine. Elle aurait pu mourir sous les coups de son propriétaire, attraper une maladie mortelle, rencontrer un client plus sadique que les autres. Non. Il a fallu qu'elle soit précisément là au mauvais moment quand un homme bourré a perdu le contrôle de son véhicule et percuté une voiture de police, qui l'a fauchée net.

Cette femme mérite un autre titre. Libération aurait pu parler de la mort d'une jeune femme de 20 ans, de 30 ou de 40 ans. On ne sait pas son âge l'histoire ne le dit pas. Et puis les putes n'ont pas d'âge. On devine sa couleur. Prostituée, c'est l'antonyme de Policier dans la presse. Si on avait lu dans Libé ce matin: une voiture de police tue un policier, nous aurions eu le cœur qui bat. L'envie d'en savoir un peu plus sur la famille de la victoire, entendre l'épouse, apercevoir les enfants. L'info serait montée à la Une au lieu de moisir dans la colonne des faits divers.

NDRL: victoire au lieu de victime: il y a des lapsus qui chamboulent.

http://www.liberation.fr/societe/2012/10/21/percutee-par-un-chauffard-une-voiture-de-police-tue-une-prostituee_854755